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vendredi 4 novembre 2016

Futu-re..........un roman de Dmitry Glukhovsky

Titre : FUTU-RE
Auteur russe : Dmitry Glukhovsky
Première édition en 2013
Catégorie : roman de science-fiction (contre-utopie)
726 pages

Photo du livre

Au cours du XXIe siècle on trouve un remède à la mortalité. En Europe, chaque être humain devient ainsi immortel, jeune à tout jamais.

Ce cadeau de l’immortalité a toutefois un prix : vous devez renoncer à faire des enfants. L’espace terrestre et ses ressources étant en effet finis, il est devenu nécessaire de mettre en place un système qui stabilise le nombre d’habitants vivant en Europe. Vous avez en réalité encore le droit d’avoir une descendance, mais à la naissance du nourrisson vous devez en conséquence accepter qu’on vous inocule un virus provoquant une vieillesse accélérée, qui vous tuera au bout d’une dizaine d’années. L’équilibre démographique est ainsi assuré.

De manière tout à fait inquiétante, de “dangereux” criminels tentent de se soustraire à cette règle, pourtant essentielle à la préservation du bien-être de l’humanité. Une brigade d’intervention a donc été créée – les « Immortels » – chargée de traquer les parents ayant enfanté dans l’illégalité, de leur injecter de force le virus de la vieillesse et de confisquer leurs enfants pour les placer en internat. Là-bas on les conditionne pour qu’une fois adultes ils deviennent à leur tour des Immortels.

Jan est l’un de ces Immortels du XXIIIe siècle. Il se souvient avec douleur de sa vie dans l’internat, où il a cru mourir plus d’une fois tant l’éducation et les rapports entre enfants y sont rudes. Au début de ce roman, Jan est mystérieusement promu au rang de chef de brigade. Pour sa première mission, il doit tuer la figure centrale de la rébellion politique et sa compagne, Annelie. Mais une fois face à eux, il manque de force pour appuyer sur la détente. Pire, Jan tombe amoureux d’Annelie. Rien ne sera désormais plus comme avant.

Peur de la mort et sens de la vie

Cette année deux romans nominés pour le prix européen de littérature des Utopiales traitaient de la question de l’immortalité : Le Vivant d’Anna Starobinets et FUTU-RE. Chose assez drôle, les deux romans, écrits tous les deux par des Russes, mettent chacun en avant une formule d’usage sur la mort, prononcée à foison par les personnages. Et ces deux formules sont peu éloignées l’une de l’autre : dans Le Vivant on se dit ainsi “La mort n’existe pas !” lorsque l’on se quitte, et dans FUTU-RE les Immortels (la police) rugissent “Oublie la mort !” lorsqu’ils enfilent leurs masques avant de passer à l’action.

Ces deux formules ne sont pas anodines et témoignent toutes les deux d’une peur de la mort. Les Immortels disent “Oublie la mort” officiellement pour souligner son heureuse disparition, mais en réalité la formule a un rôle performatif, visant à les rassurer, à chasser de leurs poumons cette peur qui s’insinue en eux. Car certes la mort a presque disparu, mais elle est finalement encore plus terrifiante : vous pouvez potentiellement vivre éternellement car vous ne vieillissez plus, mais vous pouvez encore être victime d’un accident ou d’un attentat à chaque instant. Penser à la mort amène également à réfléchir à son pendant angoissant, la vie éternelle. Car il nous est rappelé à plusieurs reprises que l’immortalité est dure à vivre : les habitants de cette Europe du futur ne trouvent plus de sens à leur vie, au point qu’ils prennent tous des “tablettes du bonheur” pour se forcer à être heureux au quotidien. Ils ne parviennent même plus à être productifs et inventifs, car ils ont théoriquement tout le temps devant eux. L’auteur nous le dit bien : une vie courte présente l’avantage de nous contraindre à nous hâter et donc à donner rapidement du sens à notre vie.

Cette phobie face à la mort se manifeste aussi dans cette obsession permanente de cacher ses signes. Ainsi les personnes vieillissantes (celles auxquelles on a inoculé le virus de la vieillesse) n’ont pas le droit de fréquenter les espaces publics, sous prétexte qu’elles indisposent les autres ; les nourrissons aussi doivent être dissimulés, car ils incarnent tout un cycle de la vie lié à la mort ; et ne parlons pas des cadavres qui provoquent quant à eux de véritables mouvements de paniques.

Que font les gens de leurs journées ?

On me faisait remarquer récemment que dans Le Vivant d’Anna Starobinets on ne sait absolument pas ce que les gens font de leurs journées, s’ils travaillent ou non, si oui dans quels types d’emplois. Voilà encore un point commun avec FUTU-RE car la question n’y est pas traitée non plus. Cela n’a pour autant pas gêné ma lecture, car je me suis avant tout concentré sur le personnage principal. Jan étant un Immortel, sorte de policier, on a en effet une vision assez claire de son quotidien, et on s’interroge donc assez peu sur le reste de la population.

Mais a posteriori, je dois reconnaître que le non-traitement de cette thématique représente une insuffisance (et avec 726 pages, on se dit que l’auteur avait largement l’occasion de l’évoquer !). En effet l’un des questionnements majeurs de ce roman porte sur la difficulté de trouver du sens à sa vie lorsqu’on est immortel. Décrire le quotidien des gens, et leurs aspirations, aurait justement permis d’illustrer cette problématique.

Un décor bien travaillé

En revanche l’imaginaire autour des décors est plutôt bien développé, et l’écriture nous permet facilement de nous projeter dans ce paysage du futur, qui tranche radicalement avec notre époque : cette Europe du XXIIIe siècle abrite des dizaines et des dizaines de milliards de personnes, il a donc fallu rationaliser l’espace au maximum. Chacun a donc le droit à une unique pièce, très petite, où l’on ne tient même pas debout. Mis à part les plus riches, personne ne voit le ciel : l’Europe est peuplée de grattes-ciels reliés entre eux par des niveaux de sols artificiels qui obstruent la vue sur la voûte céleste. Des simulations viennent toutefois maquiller l’horizon pour éviter tout effet de claustrophobie. On circule via des métros extrêmement rapides ou via des ascenseurs. Le niveau zéro du sol contient encore quelques vestiges du passé, d’une certaine façon conservés sous cloche puisqu’il y a un plafond au-dessus. Jan se rend par exemple fréquemment à la cathédrale de Strasbourg, qui existe encore mais a été transformée en bordel.

Un personnage d’une grande force

C’est sans doute le grand atout de ce roman : la psychologie du personnage de Jan est assez creusée. Jan est d’une part traumatisé par son enfance à l’internat, que le lecteur revit grâce aux nombreux rêves et flashs de souvenirs de Jan, qui témoignent de la violence qu’il subissait à l’internat. D’autre part Jan est, à l’image de la plupart des Immortels, partagé entre une détestation de sa mère (car on l’a formaté pour cela) et en même temps une adoration (il a beau l’avoir assez peu connue, il garde d’elle des traces d’amour indélébiles).

Jan tombe par ailleurs amoureux, alors qu’il n’en a pas le droit (seule la fréquentation de prostituées est autorisée aux Immortels), ce qui permet de le pousser dans ses contradictions : pour obéir aux lois il doit tuer sa bien-aimée, mais la tuer c’est supprimer ce qu’il lui reste d’humanité.

Notons aussi que le roman nous réserve quelques surprises sur le passé de Jan, ce qui se révèle assez intéressant.

Trop long !

Voilà LE GRAND DÉFAUT de ce roman : sa taille (726 pages). Il faudrait organiser une manifestation contre les auteurs qui écrivent trop inutilement. Ce roman n’aurait pas perdu en qualité en supprimant certains passages, au contraire. J’ai clairement ressenti des longueurs.

Et c’est criminel de la part des auteurs : Jan est peut-être immortel, mais pour nous – lecteurs – le temps est compté. Que d’auteurs et de livres à découvrir ! J’aimerais donc qu’un roman ne m’accapare pas autant d’heures que FUTU-RE l’a fait.

mon impression

FUTU-RE se révèle être un roman intéressant. Dmitry Glukhovsky apporte une originalité à la thématique de l’immortalité en introduisant la question de l’équilibre démographique à tenir et de son outil de mise en oeuvre, l’inoculation du virus de la vieillesse.

Le décor futuriste est très bien développé, et on en profite beaucoup car le personnage de Jan se déplace énormément. J’ai vraiment l’impression d’avoir voyagé.

Coup de chapeau aussi concernant le personnage principal, d’une grande richesse. Son histoire personnelle et sa psychologie valent le détour.

Si Dmitry Glukhovsky n’avait pas commis l’erreur de s’étendre sur autant de pages, avec quelques longueurs par moment, j’aurais largement classé ce roman dans mes lectures inoubliables. Un regret donc, sur ce point-là.


Roman disponible chez Atalante

1 commentaire:

  1. J'approuve : très bon roman, mais trop de longueurs. C'est dommage, en resserrant un peu son intrigue, en élaguant les parties pas forcément indispensables, on aurait en effet obtenu quelque chose de vraiment remarquable.

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