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mercredi 19 octobre 2016

Sous la Colline..........un roman de David Calvo

Titre : Sous la Colline
Auteur français : David Calvo
Première édition en 2015
Catégorie : roman fantastique
434 pages

Photo du livre

Au coeur de la Cité radieuse de Marseille, bâtiment d’habitation emblématique de l’oeuvre de Le Corbusier, un incendie se déclare et révèle l’existence d’un placard jusque-là inconnu.

La Cité radieuse est classée monument historique. Procédures obligent, on contacte l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives. Colline y travaille comme assistante. Elle est seule ce jour-là et décide de se rendre sur place. Elle ne devrait pas ; ce n’est pas son rôle ; mais sa fascination pour cet immeuble l’emporte.

Toufik, le gardien, l’accueille et la mène au placard où il ne lui faut pas plus d’un instant pour découvrir qu’il permet d’accéder à une pièce cachée. A l’intérieur, elle découvre une vieille barque, contenant elle-même une jeune fille morte, pétrifiée comme une statue de cire. Elle porte des boucles d’oreilles en bronze, chacune ornementée d’une figure de serpent.

L’exploration s’arrête là pour Colline : Toufik l’agresse, on la retrouve plus tard devant l’hôpital, inconsciente, marquée de multiples coups et d’une fracture au nez.

Mais ce n’est que le début : Colline revient quelques années plus tard enquêter. Hébergée chez la mère d’une amie, à l’intérieur même du “Corbu”, elle vit plusieurs mois avec les habitants, se fondant dans la vie locale. Elle tente de comprendre ce qui se passe dans la “maison du Fada”, comme on la nomme ici.

Après son agression on avait certes retrouvé la barque, mais aucune trace par contre de la jeune fille et de ses boucles d’oreille, fameux bijou qui obsède Colline et qu’elle voudrait accrocher à ses propres oreilles. Colline en est certaine : des esprits surnaturels hantent les lieux. D’où viennent-ils ? Peut-être s’agit-il des esprits des premiers colons grecs qui se sont installés à Marseille ? Ou de ceux des Celtes ? Ou encore de Ste Marie-Madeleine ? A moins encore que ce ne soit l’esprit de Le Corbusier lui-même ? Les scénarios s’échafaudent dans la tête de Colline, tous plus fous les uns que les autres, ce qui contribue encore à la rendre étrange aux yeux des autres, qui ont déjà du mal à tolérer sa transexualité.

La Cité radieuse, c’est quoi ?

A l’occasion d’une présentation de ce bouquin, j’ai réalisé que tout le monde ne connaissait pas la Cité radieuse. Or il est vrai que c’est un élément important pour apprécier ce roman, puisque ce bâtiment incarne beaucoup de fantasmes et se prête donc tout à fait à la rédaction d’un roman fantastique.

mon impression

Voici donc quelques éléments sur cette oeuvre architecturale, pour mieux appréhender le décor de Sous la Colline.

Première chose, contrairement à ce qu’on pourrait déduire de son nom, la Cité radieuse n’est ni une ville ni un quartier, mais une barre d’immeuble. Le Corbusier en a construit cinq : à Marseille en 1952, Rezé en 1955, Briey en 1961, Firminy en 1967 et une à Berlin en 1957.

La plus célèbre est celle de Marseille. Elle est classée au patrimoine mondial de l’humanité à l’Unesco depuis juillet 2016. Édifiée précisément entre 1947 et 1952 elle incarne toute l’utopie fonctionnaliste d’après-guerre : adapter la forme du bâti à sa fonction, l’orienter par rapport au soleil, y intégrer tout le confort moderne, et regrouper toutes les fonctions urbaines dans un même immeuble (école, gymnase, commerces…). Tout se veut rationnel et mathématique (au point d’en perdre une part d’humanité). Exemple caractéristique de cette pensée architecturale, Le Corbusier a conçu le Modulor, personnage imaginaire dont les dimensions sont fixées en croisant la taille moyenne de l’homme avec le nombre d’or et la suite de Fibonacci. La morphologie du Modulor sert à Le Corbusier de référence pour concevoir tous ses intérieurs (hauteurs, disposition des meubles, espaces libres…).

mon impression

La Cité radieuse se visite. Certains habitants en profitent d’ailleurs pour montrer leur appartement moyennant une rétribution, ce qui sort bien entendu du cadre touristique légal (on retrouve cet aspect à plusieurs reprises dans le roman).

Une immersion dans la Cité radieuse

Etant moi-même urbaniste, la Cité radieuse et l’utopie qu’elle incarne me sont familiers depuis plusieurs années. Je n’ai toutefois jamais eu l’occasion de la visiter, et n’avais jusque-là aucune idée de ce que pouvaient ressentir aujourd’hui les habitants de cet immeuble. Ce roman m’a justement permis, et c’est l’un de ses grands atouts, de pousser pour la première fois les portes de la Cité radieuse. J’ai beaucoup aimé découvrir l’atmosphère qui y règne, la fierté des habitants, leur solidarité... Vivre dans ce bâtiment semble vous marquer au fer rouge : vous êtes du “Corbu”, avant d’être marseillais.

Mais ce charme est en péril, et on sent d’ailleurs la tension entre ceux qui ont connu les premières années de gloire du bâtiment et les nouveaux arrivants. Sans compter tous les touristes, vécus comme une charge par les habitants, même s’ils permettent aussi de justifier la demande de soutien financier auprès des autorités publiques pour entretenir le bâtiment.

Colline, un personnage très intéressant

Deuxième atout de ce roman, le personnage de Colline. Il vaut le détour, à condition toutefois de s’intéresser à ce type de personnalité, pour le moins étrange. Colline est transexuelle, vit avec aigreur et agressivité toutes les remarques qu’elle entend continuellement sur ce choix ; elle a coupé les ponts avec sa mère ; elle envoie à bonne fréquence des insultes par sms à son psychologue ; et elle vole compulsivement des objets trouvés chez les habitants.

A cela se rajoute chez Colline une vision fantastique de la réalité : elle construit des raisonnements peu logiques pour expliquer les mystères de la Cité radieuse ; dès son arrivée sur place elle se questionne ainsi sur les esprits anciens qui pourraient hanter le bâtiment. Ceci contribue à lui donner une image enfantine. Colline a 35 ans, mais l’on pourrait croire parfois qu’elle en a six, tant ses propos se rapprochent d’un enfant qui imagine tout un tas de choses inquiétantes à cause de sa peur du noir. Les meilleurs amis de Colline au sein de la Cité radieuse sont d’ailleurs trois enfants, qui se surnomment comme les neveux de Donald (Riri, Fifi et Loulou), illustration qu’il faut être un enfant pour accorder du crédit au discours de Colline.

Personnage donc intéressant, mais qui tend parfois à nous agacer ou à nous plonger dans des logiques trop infantiles.

La réalité vient épouser le regard de Colline

Si j’ai apprécié l’étrangeté du personnage de Colline, j’aurais néanmoins préféré que sa vision hallucinée de la réalité se révèle fausse et alimentée par son imagination délirante. Mais bien au contraire, les faits lui donnent peu à peu raison. Le surnaturel hante bien le Corbu, et d’autres habitants viennent d’ailleurs soutenir Colline dans sa traque du mauvais esprit.

La fin de ce roman appartient donc trop au genre fantastique à mon goût. Toutefois je dois avouer que cela fait très bien écho à la personnalité de Colline. Car d’une certaine façon la réalité se plie pour épouser le regard de Colline, supprimant ainsi l’étrangeté qui caractérise cette femme. Pour le dire autrement, Colline est considérée comme bizarre en partie parce qu’elle porte sur le monde un regard décalé. Mais le monde se décalant pour lui correspondre, c’est nous lecteurs qui devenons bizarres, et elle tout à fait normale.

Un mot enfin pour dire que la conclusion de ce roman est plutôt bien vue, et donne une charge poétique supplémentaire au personnage de Colline. Je vous laisse la découvrir par vous-même.

mon impression

Le fantastique ne m’a jamais enthousiasmé. Je n’ai donc pas été happé par ma lecture. Mon esprit est sans doute un peu trop rationnel : j’ai besoin de croire à ce que je lis, et le fantastique ne m’apporte pas cela.

Toutefois il s’agit indéniablement là d’un bon roman. On plonge à merveille dans la vie de cet immeuble et le personnage de Colline est à la fois intéressant et attachant, même si cette femme m’a parfois fatigué tant elle donne l’impression de ne jamais avoir quitté la crise d’adolescence.

Je ne l’ai pas précisé, mais la langue utilisée est excellente et contribue à rendre la lecture agréable. Si vous aimez le fantastique et les romans centrés sur la psychologie d’un personnage, je vous recommande donc Sous la Colline.


Roman disponible chez La Volte


Source des photos : site de l'Association des Habitants de l'Unité d'Habitation Le Corbusier Marseille (cliquer ici pour accéder au site)

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