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lundi 4 juillet 2016

Maître des Ombres (Le)..........de Roger Zelazny

Titre : Le Maître des Ombres
Auteur américain : Roger Zelazny
Première édition en 1971
Catégorie : roman de fantasy
240 pages

Photo du livre

Depuis toujours le globe terrestre se partage en deux faces : l’une qui baigne perpétuellement sous le soleil et l’autre plongée dans une nuit éternelle. La première ne connaît que la pensée rationnelle et l’usage de procédés scientifiques et technologiques, la seconde que la pensée animiste et le recours à des pouvoirs surnaturels.

Jack le Maître des Ombres vit du côté nocturne. Comme tous les seigneurs de cette face du globe, il dispose de pouvoirs magiques importants. Les siens puisent leurs sources dans les ombres.

Derrière son dos, on use de surnoms beaucoup moins flatteurs que “Maître des Ombres”. On l’appelle ainsi “Jack le voleur” et “Jack le mauvais”, en référence à ses nombreux vols et à sa soif permanente de vengeance.

Lire ce roman, c’est comme replonger dans les mythes de l’Antiquité. Jack incarne en effet le héros au destin tragique digne de L’ Odyssée : tué dans les premières pages, Jack doit revenir du royaume des morts (“les Fosses à Immondices de Glyve”), déjouer les maléfices de ses ennemis, se réfugier sur la face diurne, reconstituer ses forces, et revenir du côté nocturne pour se venger dans le sang.

Soyez prévenu : Jack n’a pas d’âme ; n’attendez de lui aucune pitié.

Un univers original

Le charme de ce roman repose en grande partie sur l’originalité de cet univers et de son personnage principal. L’idée de partager le monde en deux faces est assez fascinante. La face diurne correspond grosso modo à notre occident, il s’y passe des scènes que l’on pourrait voir dans le quartier latin à Paris. La face nocturne est au contraire une sorte de Moyen-âge obscur où les seigneurs consacrent une grande partie de leur temps à tenir leurs frontières ou à s’attaquer les uns les autres. Les nocturnes ont par ailleurs la particularité d’avoir un grand nombre de vies : Jack se fait ainsi couper la tête au début du roman, ce qui implique une renaissance dans les “Fosses à Immondices de Glyve” quelques années plus tard.

Roger Zelazny ne se contente pas d’opposer deux races ou deux cultures (comme cela peut être le cas dans les nombreuses fictions qui partagent le monde entre une vie à la surface et une autre en sous-sol), il va en effet jusqu’à différencier le fonctionnement de la nature entre les deux faces du globe. A titre d’exemple, dans une scène la voiture de Jack cesse soudain de fonctionner parce qu’il vient de quitter le côté diurne : il entre dans le domaine du surnaturel, où la science n’est plus efficace.

Ce partage en deux faces se présente également comme une métaphore de notre monde, partagé entre ceux qui s’appuient sur une pensée rationnelle et scientifique, fiers de leur développement économique et technologique (les pays du Nord), et ceux qui au contraire voient le monde à travers des croyances animistes (ils sont de moins en moins nombreux, mais encore assez présents tout de même dans certains pays du Sud).

Ces deux façons de concevoir le monde influent sur la perception des choses. Étoile du Matin, ami de Jack, donne à un moment l’exemple des étoiles, perçues comme de simples astres par ceux de la face diurne, et au contraire comme le siège des esprits par les nocturnes. "Quelle perception de la réalité est la bonne ?" demande Jack. Les deux lui répond Étoile du Matin.

Cet univers est si riche qu’on regrette qu’il ne soit pas davantage exploité. Les relations entre les deux faces sont par exemple assez peu traitées, même si on comprend qu’elles ne sont pas amicales (en témoigne le satellite des diurnes, qui surveille les entrées et sorties des nocturnes).

Je ne suis toutefois pas un fin connaisseur de Roger Zelazny, peut-être a-t-il utilisé cet univers dans d’autres romans.

Un mythe de refondation du monde

Je l’indiquais dans le résumé, le destin de Jack s’apparente à celui d’un personnage mythologique. Mais la relation aux mythes va plus loin puisque c’est même le sort du monde qui est en jeu. Ce roman mêle ainsi deux formats de mythe, l’eschatologique et le cosmogonique : eschatologique car la thématique de fin du monde est présente ; cosmogonique car le monde renaîtra sous une autre forme.

Un destin original

Il est rare de croiser de tels personnages en littérature : non seulement Jack est mauvais, mais en plus il n’apprend pas de ses erreurs et ne subit pas les foudres du destin. Vous en jugerez par vous-mêmes, mais j’estime que du début jusqu’à la fin il obtient globalement ce qu’il souhaite, même si cela ne lui est pas toujours profitable. Même la fin de ce roman, il s’y attendait et la désirait.

Jack est tellement mauvais que j’ai parfois eu du mal à me soucier de son sort. Pour vous donner une illustration de sa noirceur, sachez que cela lui pose assez peu de problème de forcer sa compagne à l’aimer, en usant pour cela de ses pouvoirs maléfiques. Tout cela s’explique par son absence d’âme. Jack incarne donc une caricature du méchant. J’aurais préféré un personnage un peu plus complexe que cela.

mon impression

Un roman agréable à lire, qui nous présente un univers original et intéressant. Cet avantage se retourne un peu contre lui, puisque j’aurais apprécié que cet univers soit davantage exploité.

Le personnage de Jack est lui aussi intéressant, mais sa noirceur absolue tend à la rendre par moment agaçant, et un peu trop simple.

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