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mardi 7 février 2017

Bifrost n°83..........(Laurent Kloetzer, Léo Henry et Ken Liu)

Titre : Bifrost n° 83
Auteurs publiés dans de ce numéro : Laurent Kloetzer, Léo Henry et Ken Liu
Numéro édité en juillet 2016
Catégorie : uchronie, science-fiction

Photo du livre

J’achète de temps à autre Bifrost, revue incontournable des littératures de l’imaginaire. Avec six mois de retard, j’ai enfin lu le numéro 83 datant de juillet. Vous trouverez dans cet article mon retour sur les trois nouvelles qu’il contient : du Ken Liu, du Léo Henry et du Laurent Kloetzer. Numéro théoriquement exceptionnel puisque le “prix des lecteurs” 2016 de Bifrost a justement été remis à la nouvelle de Ken Liu et à celle de Laurent Kloetzer (le prix étant attribué par les lecteurs, après un vote portant sur l’ensemble des nouvelles publiées par la revue au cours de l’année passée). Je ne donnerai pas mon opinion sur ce vote, n’ayant absolument pas lu tous les numéros de l’année. J’atteste en tout cas de la qualité de ces deux textes, même s’ils ne me marqueront pas durablement (j’ai franchement vu mieux).

Vous pourrez facilement vous faire votre propre avis, puisque les deux nouvelles lauréates sont disponibles gratuitement sur le site de Bifrost (cliquez ici pour accéder au site).

Le numéro 83 consacre également un dossier à Laurent Kloetzer, sur lequel je ne reviens pas dans cet article, n’ayant tout simplement pas pris le temps de le lire.

Bonne lecture !

“Une brève histoire du Tunnel transpacifique” une nouvelle de Ken Liu

(éditée pour la première fois en anglais en 2013)

Imaginez un tunnel transpacifique d’une longueur de 9 460 km reliant Shangai, Tokyo et Seattle ! Un chantier titanesque qui sert de support uchronique à Ken Liu. Il imagine en effet que le lancement de ce chantier, à l’initiative des Japonais en 1929, a permis de combattre la crise économique mondiale (un travailleur américain sur dix ayant travaillé sur le tunnel au plus fort du chantier), de redorer le blason japonais (le pays ayant ainsi obtenu le droit de construire autant de navirs de guerre que le Royaume-Uni et les Etats-Unis en 1930), d’éviter la guerre en Mandchourie (la Chine ayant abandonné ses terres au Japon pour mieux se concentrer sur sa lutte contre la rébellion communiste), et d’empêcher l’arrivée de la seconde guerre mondiale.

Le lecteur suit un ouvrier retraité, né à Taïwan en 1913 (alors terre coloniale du Japon), recruté dans sa jeunesse pour travailler sur le tunnel. A l’image des immigrés africains envoyés dans les usines françaises, cet homme a beaucoup souffert sur ce chantier, et se révèle aujourd’hui incapable de revenir vivre au “pays”, tant il se sent attaché à ce tunnel, et à la vie souterraine qu’il y mène dans la cité souterraine de “Ville-Médiane”.

Malgré son statut ingrat de travailleur immigré, notre homme a trouvé plus misérable que lui sur le chantier : pour assurer l’approvisionnement en main d’oeuvre, le Japon a importé en masse de “dangereux” communistes, faits prisonniers lors de la campagne de “pacification” de la Mandchourie. Le personnage principal a beau se convaincre qu’il s’agissait de criminels, le lecteur, lui, n’est pas dupe : ces prisonniers n’étaient que des victimes politiques d’une dure répression opérée par le Japon. Sur le chantier, ils mourraient à la chaîne, tant les conditions de travail y étaient rudes.

mon impression

Une nouvelle intéressante (sans être captivante), qui m’a ensuite incité à relire quelques éléments sur le contexte historique de l’époque : l’étendue de l’empire colonial japonais, la progression du communisme en Chine, l’invasion de la Mandchourie par les Japonais… Les horreurs qui se déroulaient sur ce chantier de tunnel sont si tristement banales, que cela vient rappeler au lecteur que l’on pourrait bien réécrire éternellement l’histoire de l’humanité, on ne trouverait sans doute jamais un scénario dans lequel l’homme ne commet aucune horreur. Le tunnel permet certes ainsi (on le comprend par déduction) d’éviter le massacre de Nankin (faute de guerre entre la Chine et le Japon en 1937), mais provoque en revanche une déportation massive de communistes sur le chantier du tunnel. Voilà donc sans doute la leçon que nous donne Ken Liu sur la nature humaine.

(cliquez ici pour accéder gratuitement à la nouvelle sur le site de Bifrost).

“Pour toujours l’humanité”, une nouvelle de Léo Henry

(première édition)

Cette seconde nouvelle du n°83 de Bifrost est également une uchronie : Léo Henry se prend ici à imaginer que le programme Apollo 11 a en partie échoué. “En partie”, car Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont tout de même réussi à poser le pied sur la Lune. L’échec se situe après : lorsque les deux astronautes ne sont pas parvenus à redécoller et sont donc morts dans d’atroces souffrances.

Loin de se concentrer sur les conséquences géopolitiques de cette tragédie, Léo Henry préfère nous peindre le portrait de Michael Collins, triste survivant de cette aventure. Dans le programme apollo 11, le vaisseau se scinde en effet en deux parties à l’approche de la Lune : le module de commande reste en orbite avec à son bord Collins, pendant que le module lunaire se pose sur la Lune. Si Armstrong et Aldrin n’étaient effectivement pas parvenus à repartir, serait donc resté Michael Collins, seul en orbite, et donc seul à faire le voyage retour vers la Terre.

mon impression

Dans sa nouvelle, Léo Henry met en scène Michael Collins sur la fin de sa vie, racontant ses souvenirs à une française croisée au hasard d’un séjour dans le Massif Central.

Si j’ai trouvé les bases de cette uchronie originale, la nouvelle en elle-même ne m’a pas spécialement emballé : une fois compris le désastre d’Apollo 11, je me suis plutôt ennuyé à lire ce texte, loin de me sentir touché par l’histoire de cet homme.

“La Confirmation”, une nouvelle de Laurent Kloetzer

(première édition)

Laurent Kloetzer nous projette dans le futur, dans une France en grande partie contaminée par un virus qui transforme les humains en des “baveux”. Le personnage principal, Merlin, est un jeune homme qui apprend justement à combattre ces monstres. Lors d’une excursion, lui et ses amis en découvrent toute une troupe. Son maître instructeur est alors contaminé sous ses yeux et doit fuir pour ne pas risquer de se retourner contre ses élèves. Ne reste pour Merlin et ses amis qu’à courir vers leur cité pour prévenir les leurs de se préparer à une attaque imminente.

Ces “baveux” semblent structurés en une armée, commandée par la “dame des moissons”, dont on sait peu de choses au début de la nouvelle. Nous ne sommes donc pas plongés dans une sorte de Resident Evil, où s'affrontent des hommes contre des zombies : même si les baveux sont proches de l’état animal, ils semblent malgré tout organisés, et commandés.

mon impression

Laurent Kloetzer mélange clairement les genres. Il s’agit stricto sensu d’un texte de science-fiction, puisque l’éloignement par rapport à notre réalité est justifiée : la France a été transformée par un virus, une partie de la population a émigré, et ceux qui restent sont armés de fusils et de drones de combats. Mais d’un autre côté certains aspects font clairement penser à de la fantasy (les baveux ont des étendards, et progressent comme une troupe de chevaliers, nous rappelant le moyen-âge) et d’autres au fantastique (ce mystérieux virus ne nous est pas présenté sous un angle scientifique, d’autant qu’il semble se transmettre par le regard, et être en partie combattu par le chant d’une comptine…).

Cette nouvelle vaut donc le détour pour l’originalité de son univers. Il ne s’agit toutefois pas du type d’imaginaire qui me fascine, et l’histoire ne m’a pas enthousiasmé.

(cliquez ici pour accéder gratuitement à la nouvelle sur le site de Bifrost).

2 commentaires:

  1. Pareil que toi pour La confirmation.

    Six mois, ce n'est pas vraiment du retard, il n'y a rien de vraiment périssable dans les pages d'un bifrost.

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    Réponses
    1. Oui t'as tout à fait raison. J'avais d'ailleurs lu une anthologie en 2014, qui avait été publiée près de 10 ans avant (peut-être pour les 10 ans de la revue), et cela n'avait évidemment pas pris une ride.

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