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dimanche 4 février 2018

Gagner la guerre..........un roman de Jean-Philippe Jaworski

Titre : Gagner la guerre
Auteur français : Jean-Philippe Jaworski
Première édition en 2009
Catégorie : roman de fantasy
979 pages

Photo du livre

Avec Gagner la guerre, Jean-Philippe Jaworski vous propose une plongée dans le mal absolu. On en bouffe de la première page jusqu’à la dernière ; on en devient accro ; et on s’étonne de l’accepter sans renâcler. Je mettrais presque en sous-titre à cette oeuvre : “devenez mauvais le temps d’un roman”.

Gagner la guerre nous place dans un monde imaginaire assez similaire à notre Renaissance. La ville portuaire dans laquelle se déroule le gros de l’intrigue, “Ciudalia”, pourrait très bien être Venise. Elle est la capitale d’une république, dirigée par le podestat Léonide Ducatore, et se trouve en guerre contre un empire ennemi : Ressine.

Lorsque le roman débute, le podestat vient de remporter une victoire navale décisive contre Ressine. Persuadé qu’il serait mauvais sur le plan économique d’écraser complètement Ressine (qui est en effet tout autant un partenaire commercial qu’un ennemi), il décide d’envoyer son maître assassin, Benvenuto Gesufal, aller négocier les conditions de la fin de la guerre, et ce dans le plus grand secret. Pour dissimuler la mission de Benvenuto, le podestat s’arrange pour qu’il soit fait prisonnier à l’issue d’une bataille navale ; une bataille qui sert aussi de camouflage à Benvenuto pour assassiner un rival politique du podestat (plus tard, il prétendra l’avoir vu se faire tuer par l’ennemi au cours de l’assaut).


Les négociations se déroulent bien, mais Benvenuto en ressort dans un sal état : étant officiellement un prisonnier de guerre qui s’est battu férocement, et non un négociateur, Ressine n’a pas d’autre choix que de lui démolir la tronche pour maintenir sa couverture ; il en garde de très lourdes séquelles.

Lorsque Benvenuto revient quelques mois plus tard à Ciudalia, il a donc un statut très particulier : auprès du podestat, il est devenu un homme de confiance qui a parfaitement rempli sa mission ; auprès de l’élite de Ciudalia, il est un héros de la guerre, revenu avec la gueule cassée. Mais tout cela est très fragile : non seulement cette figure de héros repose sur des mensonges ; mais en outre Benvenuto a une tendance à l’autodestruction qui l’amène à de nombreuses reprises à sortir du code de bonne conduite en société, ce qui pourrait très bien lui enlever les faveurs du podestat.

Ce roman enchâsse ainsi deux histoires l’une dans l’autre : celle du podestat et de sa stratégie pour se maintenir au pouvoir durablement à la tête de la République ; et celle de Benvenuto, dont le destin individuel est désormais complètement lié au rôle politique que le podestat lui fait jouer malgré lui.

Le roman est écrit à la première personne ; il se présente comme le récit autobiographique de Benvenuto Gesufal. Ce qui implique qu’on bouffe du Benvenuto de la première page jusqu’à la dernière, ce qui n’est pas une mince affaire. Car croyez-moi : il est pourri jusqu’à la moëlle. Aussi bien physiquement (puisqu’il se fait démolir le portrait au début du roman), que moralement : il tue sans cesse (et parfois simplement par emportement) ; il viole ; il rejette sa mère… Le tour de force opéré par Jean-Philippe Jaworski réside dans la crédibilité de son personnage : Benvenuto n’est pas une simple caricature de méchant ; il est au contraire une construction subtile, avec un itinéraire personnel qui vient pleinement justifier sa psychologie. Et cela, Jean-Philippe Jaworski parvient à nous le faire comprendre par petites touches, insérées ici et là, sans nous gaver.

Et côté lecteur, on est frappé de voir qu’on s’attache à ce saligaud. Il commet les pires horreurs devant nous, et on espère de tout coeur qu’il ne va pas se faire prendre. Il faut dire qu’avec l’usage de la première personne, sur un récit de 1000 pages avec très peu d'ellipses temporelles, on finit par s’identifier à Benvenuto, oubliant qu’on est loin de lui ressembler.

La guerre évoquée à travers le titre “Gagner la guerre” n’est pas seulement celle contre Ressine. Certes le début du roman commence sur les négociations avec Ressine, mais en réalité la guerre qui se joue est avant tout celle du podestat contre le camp politique des bellicistes. Ceux-là lui reprochent de ne pas avoir écrasé complètement l’ennemi, de ne pas avoir envoyé une armée d’occupation. Loin d’avoir fait cela par bienveillance envers l’ennemi, le podestat estime en fait que la République ne serait pas capable de supporter l’effort de guerre nécessaire à l’occupation de Ressine.

La guerre qui se joue contre les bellicistes est complexe, et en tant qu’homme de confiance du podestat, Benvenuto assiste à bon nombre de discussions-clés, qui nous permettent de comprendre la stratégie politique à l’oeuvre, et toutes les manigances du pouvoir : manipulation et achat de l’opinion, assassinats ciblés, instrumentalisation des destins individuels… Aux yeux du podestat, chaque personne est un pion sur un échiquier, y compris ses propres enfants.

Soulignons enfin que ce roman se rattache au genre de la fantasy : outre le fait qu’on se situe dans un monde imaginaire, l’intrigue est parsemée de magie. L’un des personnages principaux est d’ailleurs un sorcier, dénommé Sassanos. Au service du podestat, il joue un rôle-clé à plusieurs reprises : il est aussi bien capable de communiquer à distance avec d’autres sorciers, que d’ensorceler des objets, ou de happer le souffle vital d’une personne. Loin d’être un simple outil au service du podestat, le lecteur comprend peu à peu qu’il est aussi un homme de pouvoir, qui joue aussi son rôle sur le théâtre politique de Ciudalia.



mon impression

J’ai pris un plaisir immense à lire ce roman. Il est certes un peu épais (1000 pages), mais vous ne verrez pas le temps passer. Car en plus d’être un roman de politique intérieure, Gagner la guerre est aussi un roman d’aventures : le récit est rythmé par maintes péripéties, qui maintiennent nos sens en alerte. Benvenuto est ainsi amené à combattre dans des décors aussi divers que la mer, les toits de Ciudalia, ou un chemin de forêt.

Et bien entendu, la réussite de ce roman tient aussi dans sa capacité à nous faire aimer Benvenuto, un être qui incarne pourtant le mal par excellence.

Je tire mon chapeau à Jean-Philippe Jaworski. Voilà un roman tout à fait impressionnant.


Chroniques de ce roman sur d’autres blogs : Xapur, Nikao et Vert.


Roman disponible chez Les moutons électriques et Folio SF

6 commentaires:

  1. Un sacré roman. Je l'ai lu à sa sortie en grand format, mes bras s'en souviennent encore !

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    1. Tu m'étonnes ^^, ça devait peser pas mal !

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  2. Un monument, un roman qui fera date dans le paysage de la fantasy française, j'en suis certain ! :)

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  3. Un roman que j'ai adoré ! Je prépare une petite critique dessus, mais je crains que ma conclusion soit sensiblement la même que la tienne : un roman impressionnant, un auteur qui fera date.
    Apophis a un avis un poil plus nuancé, mais j'avoue que j'ai eu du mal à "sentir" les longueurs tant j'étais pris dans l'intrigue !

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    1. Si on s'accorde des plages de temps importantes pour le lire, alors je suis d'accord avec toi, on ne ressent pas de longueurs. Mais par contre il faut à mon avis éviter de le lire 5 mn dans un métro, puis 5 mn dans la salle d'attente du médecin ^^. En tout cas moi j'en serais bien incapable ^^

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