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lundi 15 octobre 2018

Toxoplasma..........un roman de David Calvo

Titre : Toxoplasma
Autrice française : Sabrina Calvo
(publié sous le nom de David Calvo)
Première édition en 2017
Catégorie : roman mêlant SF cyberpunk, fantastique et uchronie
370 pages

Photo du livre

Dans un futur proche, teinté d’uchronie, Montréal s’est soulevée et constituée en Commune libre. Cette situation dure depuis quelques mois déjà, mais ce rêve de liberté aura une fin proche, tout le monde le pressent. Car l’armée du roi assiège la ville.

Le chaos règne dans la ville, mais les habitants semblent heureux de vivre cette situation historique. Chacun vit comme il l’entend.

Le personnage principal, Nikki, est une fille un peu paumée : lorsqu’elle n’enquête pas sur sur les chats perdus, elle travaille dans un magasin de location de VHS, où elle arrive perpétuellement en retard, et loupe régulièrement des journées entières de travail. Son patron lui tolère toutefois ses écarts : il est attaché à elle, et a besoin de sa grande culture cinématographique.

Au début de ce roman, un crime vient perturber le quotidien de Nikki : un raton-laveur est retrouvé décapité, accroché à une balançoire. Et d’autres animaux suivront. A chaque fois, Nikki trouve à côté de mystérieux idéogrammes.

Pour Nikki, c’est le début d’une nouvelle enquête. Une enquête parasitée par ses rêves obsessionnels sur une forêt, et par sa rupture avec sa copine.

Toxoplasma fait partie de ces bouquins étranges, à plus d’un titre. Tout d’abord, au niveau du cadre dans lequel il nous immerge : la Commune libre de Montréal, dans laquelle les gens regardent encore de la VHS, alors qu’on se situe dans un futur proche. La référence à Rêve de gloire est ici évidente, puisque dans ce bouquin de Roland C. Wagner, le lecteur était immergé dans la Commune libre d’Alger, où le vinyle n’avait pas été détrôné par le CD. Et tout comme Wagner nous abreuvait de références musicales, qui apportaient certainement une plus-value si on les connaissait, ici Calvo nous cite de nombreux films, qui m’étaient inconnus (j’ai toutefois une très faible culture cinématographique, et ne peux donc clairement pas prétendre représenter le lecteur lambda sur ce point).

Un bouquin également étrange, pour son personnage principal. On est ainsi dans la droite lignée du roman précédent de Calvo (Sous la Colline), dans lequel le personnage, une dénommée Colline, était persuadé que des esprits surnaturels hantaient la cité radieuse à Marseille, et enquêtait donc sur ce sujet. Cela en faisait un personnage décalé, dont on avait peine à se demander si elle avait toute sa tête ou non. Ici, c’est un peu la même chose : l’enquête de Nikki sur des animaux décapités nous donne l’impression d’un personnage qui s’intéresse à des choses insignifiantes, qui n’ont pas grand intérêt. Et lorsqu’elle se met à devenir ventriloque, et à tenir alors des conversations avec elle-même, au moyen de sa chaussette qu’elle fait parler, on se dit vraiment qu’on a affaire à une fille dérangée.

Mais tout comme dans Sous la Colline, tous les éléments qui nous apparaissent au début comme irrationnels et totalement fantasques, s’inscrivent peu à peu comme des réalités. Tout comme pour Colline, les faits finissent par donner raison à Nikki.

A la différence néanmoins de Sous la Colline, nous sentons ici dès le début que ce réel ne fonctionne pas tout à fait comme le nôtre. C’est comme si en devenant la Commune libre de Montréal, la réalité avait changé de règles. C’est l’exemple d’Internet, qui a disparu et laissé place à la Grille, une sorte d’Internet palliatif, qui fonctionne sur des bases irréelles (au point que l’ex de Nikki, Kim, va voir un oracle pour savoir comment faire son piratage informatique d’une entreprise).

Sabrina Calvo aime nous sortir de la norme, c’est vraiment sa marque de fabrique. Et on ne peut s’empêcher de penser que ses romans viennent refléter sa propre personnalité, comme une invitation à entrer dans son monde. Elle, qui était encore un homme il y a peu de temps, nous place d’ailleurs face à des personnages appartenant à la communauté LGBT.

mon impression

Je ne partage pas le même goût de l’imaginaire qu’elle, mais je dois reconnaître qu’il y a une grande beauté qui ressort de tout cela. Le personnage de Nikki est très touchant, et nous oblige à nous immerger dans des logiques de fonctionnement complètement différentes. Si ses préoccupations m’ont parfois paru insignifiantes, il n’empêche qu’elles sont réelles et expriment parfaitement son identité.

Je me suis plus facilement laissé embarqué dans cette lecture que dans celle de Sous la Colline, car une intrigue se dessine plus nettement. L’alternance de chapitres entre, d’un côté, l’enquête de Nikki et, de l’autre, les aventures de pirate informatique de Kim, apporte par ailleurs une dynamique au récit.

Un beau roman donc, même s’il s’écarte clairement de l’imaginaire que je lis, et m’a d’une certaine façon obligé à sortir de ma zone de confort, ce qui fait du bien de temps en temps.


Chroniques de ce roman sur d’autres blogs : L’Ours inculte, Un dernier livre, Les chroniques du chroniqueur, La librairie fantastique, Le Pendu,


Roman disponible chez La Volte

2 commentaires:

  1. On en a parlé récemment ailleurs de ce livre et il me fait de plus en plus envie.

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    Réponses
    1. Et il a tout de même reçu le grand prix de l'imaginaire ! Bien qu'à mon avis il ne plaira pas à tout le monde.

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